Abstracts
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Marseille
1. Le projet Med-voices revisité ou l'archive du vivant: Une tentative de questionner
la singularité de la recherche entamée dans le cadre de Med-voices.
2. Dé-patrimonialisation, le hors champ du patrimoine
Abdelmajid Arrif, Ethnologue, Association d'Anthropologie Méditerranéenne, Aix-en-Provence
Abstract:
1. Le projet Med-voices revisité ou l'archive du vivant: Une tentative de questionner
la singularité de la recherche entamée dans le cadre de Med-voices.
Mener une enquête ethnologique sur l'ordinaire et sur la banalité quotidienne des configurations
urbaines et sociales des voisinages méditerranéens n'est pas chose facile. Elle présente plusieurs
écueils relatifs aux notions que cette recherche aura à manipuler : patrimoine, héritage, témoignage,
cosmopolitisme, histoire, histoire orale, communautés, diasporas, immigrés, archives, conflits de mémoires…
Le terrain ethnologique est un terrain inscrit au présent, dans une forte relation de contemporanéité
qu'établit le chercheur avec les sujets dont il essaie de croiser, de confronter, de restituer et de
rendre intelligible les perspectives, les discours, les représentations et les pratiques.
L'observation, l'entretien et plus largement l'interaction propres à l'enquête s'inscrivent dans un
espace-temps de l'ici et maintenant qui est pris tout à la fois dans des enjeux au présent de l'enquête
mais également hérités de l'histoire au croisement du récit historique monumental et de l'histoire
individuelle et collective ordinaire.
La mise en perspective critique et vigilante, le croisement des sources et le déplacement continu des
angles de vue sont un exercice nécessaire pour franchir ce territoire miné qu'est les cités méditerranéennes
dites cosmopolites et pour restituer les voix méditerranéennes plurielles qui les énoncent et les font
exister par le verbe, le récit, le chant, le rite, le culinaire, le vestimentaire, l'habiter...
Le présent du terrain ethnologique, au regard de cette volonté de collecte de l'histoire orale et du
patrimoine ordinaire immatérielle des cités méditerranéennes (récits de vie, archives, matériaux
iconographiques…) et de les constituer en base de données numériques, nous confronte à une interrogation
intéressante et problématique. C'est la question que je résumerai par l'expression de l' " archiv(age)e du vivant ".
Sommes-nous face à l'urgence et à l'injonction, pour raison de périls en la demeure méditerranéenne,
de collecter des témoignages, de fixer sur pellicules ou sur un support binaire (numérique) des visages,
des manières de faire et de croire, des traditions, des célébrations, des récits, des chants et des
musiques, des migrances et des exils diasporiques, des traumatismes de l'histoire (guerre, réfugiés,
dépossessions diverses…), des misères du monde… ?
Quel sens cette collecte et ces matériaux auront-ils pour l'ethnologue-collecteur ? Quelles formes de réception auront-ils ?
Mais, d'abord, si l'enquête et la collecte sont habitées par un souci de patrimonialisation et d'archivage
du temps présent - glissant déjà dans le passé et encapsulé telle une bulle dans un langage binaire lui
assurant pérennité, reproductibilité infinie, transmission déterritorialisée et dématérialisée dans un
flux virtuel codé entre 0 et 1 - quel statut donner alors aux personnes vivantes ? Quel sens donner à
l'interaction qui nous relie à elles ? Quel regard porter sur elles alors qu'elles sont vouées à devenir
une icône, une voix numérique, une vidéo que chacun, doté d'un ordinateur et d'une connexion internet,
pourra charger dans une interface qui déréalise le réalité et le contexte de la mise en parole, en image
fixe ou animée de l'existence de ces personnes ?
Quelle forme de cosmopolitisme, de voisinages cette base de données (ce matériau ethnographique) recrée-t-elle
et quel effet, en retour, a-t-elle sur la notion même de cosmopolitisme en Méditerranée ?
Ce dernier questionnement s'appuiera notamment sur le périple méditerranéen que nous avons eu l'occasion
de faire dans le cadre de nos activités au sein de ce programme (Beyrouth, Bethléem, Nicosie Nord/Sud, Istanbul…).
2. Dé-patrimonialisation, le hors champ du patrimoine
Belsunce est un territoire central à Marseille. Sa centralité est polymorphe : historique, symbolique,
sociale et urbaine. L'ensemble de Belsunce, depuis déjà plusieurs années, a fait l'objet d'un classement
(ZPPAUP) architectural et paysager. Cela n'a pas empêché que ce territoire subisse une " guerre de position "
qui le détruit, par morceaux, depuis le début du 20ème siècle.
C'est un territoire de projets urbains de réhabilitation dont la logique d'intervention est en conflit avec
l'identité sociale du lieu et sa dynamique urbaine et économique. Ces interventions empruntent le vocabulaire
de la " re "-conquête urbaine pour en transformer la configuration sociologique et " ethnique " et pour le
re-connecter à une centralité plus large dans la perspective d'une gentrification fantasmée.
J'essaierai de mettre en perspective cette histoire faite d'un processus de dé-patrimonialisation qui est un
des filtres de lecture des modalités paradoxales de la construction des identités urbaines et sociales à Marseille;
à savoir un cosmopolitisme et une diversité assumée voire instrumentée et une identité locale exclusive. En effet
Marseille participe pleinement de l'histoire de la Méditerranée tout en lui tournant le dos. Marseille porte de
l'Orient au moment de l'expansion coloniale mais aussi porte de la " misère du monde " dans les temps de crise
dans un contexte de mondialisation. Marseille joue des métaphores de la porte, du seuil, du sas, du passage selon
des variations identitaires contradictoires.
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